Émeutes : L'embrasement

Depuis lundi, le pays connaît une série d’émeutes qui rappellent curieusement Octobre 88. La soudaine hausse des produits de première nécessité et le sentiment de hogra ont mis le feu aux poudres. Face au silence des autorités – et des médias gouvernementaux – les émeutes se propagent et font déjà plusieurs blessés.

Mardi 4. Une rumeur se propage comme une traînée de poudre dans les quartiers des Trois Horloges et de Jean Jaurès à Bab El Oued. Une descente de police serait prévue pour déloger tous les vendeurs à la sauvette qui squattent les trottoirs. Mercredi 5. Les jeunes du quartier sont décidés à en découdre avec les forces de l’ordre si jamais on leur interdisait l’occupation de leurs endroits habituels. A 19h30, sans raison particulière et sans que les forces de l’ordre aient entrepris la moindre opération, un début d’émeute embrase les quartiers Triolet, Trois Horloges, Carrière, et celui du cinquième arrondissement où se trouve le commissariat du quartier.

«Tout est parti d’une énorme rumeur, confirme Nacer, président de SOS Bab El Oued. On a voulu pousser les jeunes à bout pour les faire sortir dans la rue. La situation actuelle est propice à l’embrasement avec la dernière augmentation des prix de certains produits. Cela rappelle ce qui s’est passée en octobre 88.» Les échauffourées dans le quartier de Bab El Oued vont durer jusqu’à 2h du matin et verront de très nombreux groupes de jeunes, mobiles et scandant des slogans hostiles au pouvoir, s’en prendre aux forces de l’ordre et à plusieurs magasins du quartier. Cinquième arrondissement et quartier des Trois Horloges : Abribus détruits, poteaux de signalisation arrachés, magasin Bellat dévalisé, agence Mobilis endommagée et commissariat pris d’assaut.


Commissariat harcelé


Mohamed, employé chez Bellat, n’est pas près d’oublier ce qu’il a vécu mercredi. Dès les premiers attroupements, il décide de baisser rideau. Il ne devra son salut qu’en décidant de se barricader dans la cave du magasin. «J’ai vu des jeunes s’en prendre aux rideaux de la devanture, confie-t-il, encore sous l’effet de l’émotion. J’ai compris que si je ne descendais pas vite m’enfermer dans la cave, j’allais le payer cher.» Les présentoirs seront détruits et toute la marchandise emportée. Mohamed estime les pertes occasionnées à 34 millions de centimes. Après Bellat, l’agence Mobilis, située juste à côté, connaîtra le même sort. Les émeutiers repartiront en emportant avec eux le matériel informatique et détruiront le mobilier. Le commissariat du cinquième arrondissement sera lui aussi harcelé durant une bonne partie de la nuit. Des bandes de jeunes tentent de pénétrer à l’intérieur du QG, obligeant les forces de l’ordre à faire usage de jets de gaz lacrymogène et de tirs de sommation. Quartier du Triolet. Dans les showroom Renault et Geely, des voitures sont calcinées, des pneus démontées, des pare-chocs arrachés et des pare-brise fracassés.


Le gardien de Renault hospitalisé


Le showroom Renault n’est plus qu’un tas de gravats. Des pans entiers du faux plafond ont été arrachés, des bris de glace jonchent le sol, une Logan et une Sandero calcinées sont abandonnés dans un coin du magasin, le mobilier est détruit et les ordinateurs envolés. Au total, ce sont neuf voitures qui seront endommagées durant cette nuit de folie, qui a vu des jeunes armés de couteaux et de pioches, détruire tout sur leur passage. Cette expédition fera une victime : le gardien du showroom Renault, frappé d’un coup de couteau et hospitalisé aux urgences de l’hôpital Maillot. «Ils ont volé ce qu’ils ont pu et détruit ce qu’ils ne pouvaient pas prendre avec eux, affirme un commercial de chez Renault. Il y en a pour dix millions de DA de dégâts.» Chez Geely (constructeur chinois) cinq véhicules sont démontés. L’un des cadres de l’entreprise SIPAC, représentant Geely en Algérie, a assisté impuissant à la destruction du showroom. «Il y avait des policiers en faction près du magasin qui regardaient sans intervenir la destruction du magasin. Quand j’ai demandé de l’aide, ils m’ont répondu qu’ils n’avaient pas reçu d’ordre pour le faire.»

El Watan

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